Comment tu m’as brisée.

Comment tu m'as brisée.

Je suis une adulte. Une mère. Une femme. J’ai déjà été ado, pis avant ça une fillette. C’est là, au tout début, que tu m’as brisée.

Dans ce monde où l’on dénonce les agressions sexuelles et la culture du viol, aujourd’hui, je te crierai « NON ».

Je te hurle « NON » à m’époumoner, car je n’ai pas su et je n’ai pas pu me faire comprendre lorsque j’étais cette fillette. Sujet tabou, sentiment de saleté, de culpabilité, de déshonneur. Tant de pesanteur sur le dos d’une enfant. Tant de stress et d’angoisse pour cette princesse à temps partiel que j’étais.

Sais-tu combien de fois j’ai pleuré en priant pour ne pas avoir de fille lorsque je fut enceinte la première fois ? Sais-tu combien de fois j’ai prié pour que mes enfants ne subissent jamais un tel assaut ? Sais-tu combien de fois je me suis détestée en ne comprenant pas pourquoi je portais un mal de vivre si profond ? Combien de fois j’ai voulu parler, pour finalement juste espérer que quelqu’un le remarque, le décèle dans ma fragilité. Même adulte, femme, mère, je suis brisée. Je travaille si fort, au quotidien, pour réparer tes dommages… Mais ils sont là, ils sont encrés, ils sont encore à vif.

Comme tu étais une personne tellement aimée, reconnue, avec un statut et tout, qui m’aurait crue? C’est même toi qui me le disait… Qui m’aurait crue…Qui m’aurait crue…

Le pire c’est d’avoir fucké mon cerveau pis mon coeur d’enfant en me faisant jongler entre amour et haine envers toi. Tsé, de quoi instaurer de la culpabilité bien loin et bien creux dans une fillette. Comme tu m’as brisée pendant quelques années, ça devenait un peu « normal » genre. Ma tête d’enfant savait que c’était mal, mais dans mon coeur, c’était ma faute. De quoi fucker l’amour de soi d’une enfant, pis bien plus encore.

Alors aujourd’hui, par libération passagère, car t’es trop loin pour entendre, je te crie « NON ». Je crie aussi « NON » pour mes enfants, pour les voisines, les femmes autour de moi pis celles à 9000 kilomètres de chez nous. Je hurle « non » pis « stop » à tout ce massacre du corps et de l’esprit d’autant d’humaines et d’humains.

Je suis une adulte, une femme, une mère. Et parce que tu m’as brisée, j’ai cette force et cette rage incontrôlable de vouloir mettre un stop à ce vrai fléau. Toi, ma belle, fais toi un beau cadeau et dénonce le. Vas z’y, t’es pas la seule.

ANONYME.

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Comments

  1. Je suis s’en mot j’aurais aimé criée non aussi …..

  2. Merci pour cet article, vraimment super 😉

  3. Tellement vrai…

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