La fausse couche est un sujet tabou

La fausse couche est un sujet tabou

Avant mon fils, je suis tombée enceinte une première fois. Le jour du prénatest, on m’annonça froidement que mon bébé avait cessé de grandir deux semaines plus tôt, à 8 semaines et quelques jours, que son coeur ne battait pas. J’aurais dû être à 12 semaines de grossesse. Ma première réaction : la colère, la consternation. Je pensais qu’ils se trompaient, qu’ils avaient mal vu. Mon petit bébé surprise, celui que j’ai voulu toute ma vie, était mort depuis deux semaines. Là, c’était moi qui venais de mourir.

La fausse couche est un sujet tabou.

On ne m’avait pas dit à quel point il me serait pénible de voir toutes ces futures mamans dans leur plénitude heureuse, alors que l’embryon de mon bébé était encore dans mon ventre, mort.

On ne m’avait pas dit à quel point je me sentirais trahie par mon corps. «La nature fait bien les choses, il n’aurait pas été viable, c’est pourquoi ton corps l’a éliminé.» Oui, sans doute. Mais c’était le rêve de ma vie que mon corps rejetait.

On m’a dit que rien ne laissait croire que je ferais d’autres fausses couches à l’avenir, mais aussi que je serais plus à risque, puisque j’en avais déjà fait une.




On ne m’avait pas dit à quel point c’est fréquent, des fausses couches, et que c’est traité très froidement par le personnel médical qui vous l’annonce, qui vous prescrit les comprimés pour l’avortement, ou qui vous fait un curetage.

On ne m’avait pas dit à quel point ça allait faire mal, en-dedans comme en dehors, à quel point j’allais saigner. La manière qu’on m’avait expliqué, ça allait faire quelques grosses crampes, il y aurait un peu de sang, puis ce serait fini. Ça a duré 9 jours.

Ça prend véritablement une force surhumaine pour passer à travers une telle épreuve, à la fois physique et émotionnelle. J’étais en admiration totale avec le corps de la femme pour arriver à créer la vie, la soutenir, la donner. Je suis maintenant aussi en totale admiration avec le corps de la femme pour sa capacité à endurer le fardeau de la rejeter.

On ne m’avait pas dit que j’entrerais dans un underground club, ultra tabou, et que même si parler de mon deuil m’aurait aidée à guérir, j’en étais totalement incapable.

On ne m’avait pas dit combien chacune de mes futures tentatives de grossesse m’angoisserait et combien chacune de mes menstruations me ramènerait à mon deuil.

J’aurais aimé qu’on me dise s’il existe un guide sur la fausse couche, comme il en existe sur la grossesse. C’est important qu’on en parle, qu’on «détaboutise», non?

Share

Profession : Maman, adjointe administrative, naturopathe et accompagnante à la naissance Super Skillz : les listes (avec une mémoire de poisson rouge en brique, pas le choix!). Je suis aussi multitâches, par exemple tirer mon lait, tout en faisant boire mon fils à la bouteille et pitonner sur mon téléphone #mamanpieuvre Addiction : mon fils, les produits et vêtements pour bébé, le chocolat, les fruits de mer, le fromage... beaucoup de vices! Escouade : un Babou (fils) et un Boubou (amoureux) Armes : le pouvoir des mots (évocation, persuasion, évasion, catharsis, etc.) et le pouvoir des plantes (il y a un remède pour presque tout!) Humour : Absurde et/ou sarcastique

Comments

  1. Très beau message.
    Le 27 octobre dernier,à 12 semaines de grossesse, ont m’annonçait de manière très direct que le coeur du bébé avait arrêté de battre à 8 semaines. J’ai eu droit aux comprimés pour expulser mon bébé. Malheureusement, cela n’a pas fonctionné. J’ai donc du subir un avortement d’urgence une semaine plus tard. Pour moi ça été une double trahison de mon corps. Le sujet reste très tabou, personne ne savait pas trop dans mon entourage comment aborder le sujet. Mais oui en parler fait du bien. Maintenant, je suis à 32 semaines et j’essaie d’être le plus zen possible, malgré toutes les craintes que j’ai.

  2. Tellement grand ce sentiment que notre corps nous trahi….

    À 24 semaines j’ai perdu mes jumeaux….ils auraient 5 ans aujourd’hui….les gens mon également dit la phrase qui est supposément « magique »….ils devaient avoir une anomalie pour que ton corps les rejette….

    Verdict….2 bébés en pleine santé…j’ai ce qu’on appelle une gérance du col….le.muscle de mon cil n’est pas assez fort pour retenir les bébés lorsqu’ils arrivent à un certain poids….(cerclage obligatoire pour toutes les grossesses qui suivront)

    C’est une douleur qui ne disparaît jamais et qui est tellement bien expliquer dans ce texte…

  3. Je fais parti aussi du club sélect. Fausse couche à 14 semaines suivi d’une dilatation et d’un curetage la fin de semaine de l’enterrement de la grand-maman de mon amoureux. Je pensais que j’allais mourir et, à ce moment-là, je l’espérais presque. Deux ans plus tard, j’ai un beau garçon en santé et un deuxième en route, mais je n’oublie jamais mon premier petit homme. Dans mon cœur, je suis la maman de trois petits garçons.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.