Notre premier enfant – Partie 2

Notre premier enfant – Partie 2

Mon très long processus de deuil

Dans les années qui ont suivies, j’ai tout de même réussi à vivre mon deuil, l’écriture m’a énormément aidée et j’ai consulté une psycholgue pendant plusieurs mois pour m’aider à surmonter le grand sentiment d’injustice qui m’habitait. Par la suite, à chaque nouvelle grossesse nous vivions un lot inexplicable de stress et de peur immense pour ce qui est de la santé du bébé. Les échographies qui sont pour tous les autres parents un moment excitant et joyeux ont toujours été comme une montagne pour nous. Nous sommes désormais suivis à Ste-Justine pour les échographies.

La première est donc autour de 12 semaines. Chaque fois c’est le même scénario, j’ai beau essayer de me parler et me dire que tout sera correct, mon cerveau roule à mille à l’heure. À quand la prochaine bombe ? Pourquoi la technicienne ne parle pas? Pourquoi elle passe autant de temps à analyser son cerveau ou son cœur ? Qu’est-ce qui va nous arriver encore? Dès que la technicienne entre dans la salle d’échographie, on arrête de respirer et je tiens la main de mon chum si fort que mes ongles s’imprègnent dans sa peau. J’ai beau me dire qu’après avoir eu plusieurs enfants en santé on ne devrait plus s’en faire autant, ce n’est pas le cas. Chaque fois est comme la première et ravive toutes les émotions que nous avons vécues à ma première grossesse. En fait on commence à être réellement rassurés une fois les résultats du dépistage reçus, donc autour de 16-17 semaines. C’est TRÈS long et rendu à ce stade je sens déjà le bébé bouger alors une mauvaise nouvelle serait extrêmement difficile à recevoir. La 22ème semaine de grossesse est aussi un rude moment à chaque fois, puisque je sais exactement la grosseur et l’allure du bébé à ce stade. Je sais que sa petite tête tient au creux de ma main et que ses minuscules pieds sont aussi petits que mon pouce. Aucun parent ne devrait savoir concrètement la taille d’un si petit bébé…

Après 8 ans, j’ai tout de même en partie fait la paix avec tout ça. J’ai recommencé tranquillement à faire confiance à la vie et lui laisser mon sort entre ses mains. Par contre je ne me suis pas débarrassée totalement de mon amer sentiment d’injustice face aux grossesses. Je suis toujours autant en colère quand je vois une maman enceinte qui fume, boit ou consomme de la drogue. Je ne comprends pas la logique dans le fait que ELLE, elle ait droit d’avoir un bébé en santé alors qu’elle ne fait clairement pas attention. Je juge beaucoup les mamans qui ne « méritent » pas un enfant en santé ou même un enfant tout court (selon mes valeurs à moi, car je sais bien qu’en réalité que ça ne fonctionne pas au mérite et que ce n’est pas à moi de juger les gens…)

Il y a tellement de parents qui désirent des enfants sans réussir à en concevoir et tellement d’enfants abandonnés ou en famille d’accueil que je ne pouvais pas m’empêcher de ressentir cette colère. Je réussis maintenant à vite passer à autre chose quand ça me traverse l’esprit et heureusement, car cela m’épuisait à l’extrême de penser à toute cette injustice. Pourquoi moi qui ai tant voulu donner la vie, j’ai dû traverser cette horrible épreuve ? Pourquoi des parents « tous croches » ont le droit et la chance d’avoir des enfants en santé? Qu’est-ce que j’ai bien pu faire pour mériter ça? Pourquoi est-ce que le seul enfant que j’aurai « réellement ‘accouché » est celui qui n’est plus de ce monde ? Parce que ça aussi c’est un mystère qui restera sans réponse. La vie a fait en sorte que tous mes autres bébés seront sortis par césarienne…

Par conséquent, je suis très froide avec les filles autour de moi qui tombent enceinte. Je suis incapable de m’impliquer même avec mon amie la plus proche. Je ne peux pas vraiment l’expliquer, mais c’est en quelque sorte une partie de ma carapace que j’ai créée pour me protéger. Ça fait de moi une amie vraiment plate qui ne demande pas souvent comment va le bébé ni comment se passe la grossesse. Je fais presque comme si ça n’existait pas. Au fond de moi, je suis très heureuse pour elles, mais aucunement capable de leur exprimer même après toutes ces années.

Une chose qui me m’enrage aussi à chaque fois, ce sont les gens qui disent « on s’en fout gars ou fille, l’important c’est un bébé en santé ». J’aurais juste envie de leur dire : « TA GUEULE! Je le sais mieux que toi, je ne crois pas que personne ne soit mieux placée que nous pour le savoir. » Mais bon je suis polie alors je garde ça dans mes pensées. Hihihi.

Une autre conséquence qui résulte de tout ça est mon côté ultra protecteur envers mes enfants. Je suis incapable de les faire garder, sauf si c’est vraiment nécessaire. Je les amène partout où je vais, point final. Quand j’ai une invitation, ma première réflexion c’est toujours de savoir si je peux y aller avec les enfants. Si oui, tant mieux! J’y vais. Si non, alors je me demande si j’ai envie d’y aller au point de faire garder mes cocos. La majorité du temps la réponse c’est non! Je préfère passer ma soirée avec eux plus que n’importe quoi d’autre au monde. Oui c’est très plate pour les autres autour de moi et ça diminue énormément ma vie sociale mais le temps que je passe avec mes tornades vaut plus que tout l’or du monde. On me prend comme je suis ou bien tant pis ! [à suivre…]

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Profession : Maman à la maison et entrepreneure en même temps ! Pas toujours facile mais plein d'amour et d'imprévus ! Super Skillz : Démasquer instantanément un mensonge dans le visage de nos enfants. Addiction : J'ai toujours dit que mon seul vice était le Pepsi ! Escouade : Une petite princesse de quelques jours, un bébé Chou de, une belle Croustade, un grand Bacon, un bébé ange qui veille sur nous, et un beau grand adolescent en pleine crise de quarantaine (alias mon amoureux). Arme : Le comptage 1,2,3 avec mon ton spécial «dernière-chance» Humour : Je suis énormément sarcastique et j'adore les blagues pipi/caca de mon amoureux, le mix parfait pour une famille disjonctée comme nous !Pouvoir magique : Manger des cochonneries sans que personne ne s'en rende compte.

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