Un Noël haïtien

Un Noël haïtien

Depuis quelques jours déjà, tous et chacun entamons nos préparatifs pour le temps des Fêtes qui approche à grands pas. Je ne sais pas pour vous, mais dans ma maison et celles de mes proches, l’étincelle, la magie des Fêtes se sentent intensément.

La frénésie québécoise pour cette période de l’année se vit-elle de la même façon ailleurs? C’est une question qui me trottait en tête depuis un bon moment. Je sais, chaque culture vit ce moment de l’année à sa manière, mais j’avais justement envie de partager une autre vision du temps des Fêtes. Ça fait que j’ai demandé à une amie et collègue haïtienne de me raconter son histoire. C’est devant un bon café latté qu’elle m’a ouvert la porte de son univers. Avant même qu’elle ne commence à me raconter son histoire, j’ai compris que ce temps de l’année l’emballait grandement. Elle venait tout juste de me demander quand est-ce que nous allions ENFIN décorer le traditionnel sapin de l’entreprise où nous travaillons !!

C’est avec ses yeux pétillants qu’elle m’explique que les festivités des Fêtes commence dès le 24 décembre ( un peu comme notre réveillon). J’apprends aussi que les préparatifs débutent bien avant le 24 décembre. Si tu penses que ta voisine ou ta soeur sont un peu fofolles de vouloir décorer dès le mois de novembre, sache que pour la communauté haïtienne, on embarque dans la frénésie des Fêtes au début novembre. Qu’est-ce que cela veut dire, me demanderas-tu ?? Bon tu sais ici, au Québec, se préparer d’avance pour les Fêtes se résume souvent seulement à décorer nos maisons et fixer les dates de nos rencontres familiales. Pour l’entourage de ma collègue, c’est un peu différent. En fait, les préparatifs consistent entre autres à nettoyer leur logis (un peu comme le grand ménage du printemps), fabriquer les lanternes pour les célébrations du 24 décembre, confectionner des cartes de souhaits, choisir des présents qui seront distribués aux enfants, partager des cantiques de Noël aux jeunes afin qu’ils soient prêts les fredonner à la messe de minuit.




Puis, la veille de Noël, jeunes et moins jeunes se réunissent dans les rues avec des bougies scintillantes (un peu comme des feux de Bengale) et leurs lanternes pour célébrer. Plus tard dans la soirée, les enfants reçoivent leurs cadeaux. Chez mon amie, le 24 décembre à minuit, en famille, ils assistent à la messe pour la naissance de Jésus ( ça te rappelle ton 25 décembre toi aussi ?) Durant la messe, tous chantent en harmonie Minuit chrétien. Souvent, ils chantent aussi Noël à Jérusalem. Je dois dire que mon amie est un brin plus croyante ( et pratiquante) que la femme que je suis. Tu comprendras donc que pour elle, Noël est un moment pour se remémorer la tradition religieuse. Cependant, elle m’explique que ce ne sont pas tous les gens de la communauté qui sont dévoués à la religion comme elle. Par contre, tous et chacun profitent de ce moment de l’année pour s’amuser sans compter et célébrer. Elle me confie que c’est spécial à vivre, puisque les gens oublient réellement leurs soucis pour un instant pour se rassembler et festoyer, le sourire aux lèvres et les yeux brillants.

Après un bref moment de répit, les festivités de la nouvelle année débutent. À Haïti, la nouvelle année n’est pas seulement signe de renouveau. Savais-tu qu’ils célébraient également leur indépendance ? Eh oui ! Le 1 janvier 1804 fut le jour d’indépendance d’Haïti. Depuis ce jour, une tradition perdure : la «soup joumou» (en créole), aussi appelée soupe giraumon (un potiron local). Cette soupe est préparée par tous les membres de la communauté haïtienne. Une soupe ?? Pour la nouvelle année ? Oui, oui !! Cette soupe représente leur liberté en tant que peuple. Mon amie m’a expliqué qu’avant, alors qu’ils étaient sous la gouvernance de la France, cette soupe était entièrement préparée par le peuple haïtien, mais que seuls les »maîtres» pouvaient la déguster. C’était malheureusement à l’époque de l’esclavagisme.

Aujourd’hui, plus de 100 ans après leur libération, les Haïtiens préparent leur soup joumou. Ce qui est particulier et original à la fois, c’est qu’ils la préparent non pas pour eux, mais pour leur voisin. Ils goûtent donc à chaque fois une nouvelle version de la soup joumou. Personnellement, je trouve cette tradition FORTE et remplie de symbolique et pour en avoir mangé deux fois dans ma vie ( merci à ma belle-soeur qui la prépare si bien !), ce mélange est tout à fait DÉLICIEUX!!! Ils soulignent donc la nouvelle année tout en célébrant leur indépendance. S’ils ne partagent que leur soupe le 1er janvier, le jour suivant ils continuent de festoyer et là, un grand repas est servi.

À travers nos différences culturelles, le point le plus important que je retiens de ma rencontre dans l’univers de ma collègue et amie, c’est que ce temps de l’année reste un moment privilégié de partager notre amour pour nos pairs et de mettre de côté nos problèmes, conflits et soucis pour un instant afin de profiter pleinement de la chance que nous avons d’être entourés de gens qui nous aiment et de pouvoir partager la magie des Fêtes ensemble!

Share

Profession : Coach en motivation (activités physiques), Agente services aux membres (Desjardins), Enseignante du samedi, Sociologue de formation !  Super Skillz : Je suis multitâches aka une pieuvre humaine !  Addiction : Café et smoothies Escouade : Hockey mom  Armes : Argumentation  Humour : C'est quoi ça ? ;-)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.