Qui aurait cru que ce si petit mot comprenant seulement six lettres pouvait avoir autant d’impact ? Qui aurait cru que même avec une carapace blindée pour me protéger, j’allais être chamboulée par celui-ci ? Qui aurait pu croire qu’encore une fois, le sentiment de culpabilité referait surface face à cette personne qui, je m’étais promis, ne m'atteindrait plus?

Oui papa, c’est bien de toi que je parle ici. Toute ma jeunesse, j’ai eu l’impression de devoir pédaler, de devoir quêter pour une attention positive, une marque d'affection, d'encouragement de ta part. Longtemps, j’ai eu l’impression de ramer à contre-courant parce que rien de ce que je pouvais faire ou dire n’était assez bien pour toi. Longtemps et encore aujourd’hui a l’occasion, je me sens inférieure aux autres et suis portée à me comparer. Après avoir vécu une grande déception face à cette relation que j'aurais aimé avoir avec toi, je me suis barricadée dans un couloir non loin de toi, mais qui me permettait du moins d’essayer de faire ma vie de mon côté sans attendre de recevoir quoi que ce soit de toi.

Ce jour-là, où nous avons appris que tu avais encore une fois le cancer; que cette fois-ci, il devait y avoir chirurgie majeure, je me suis dit que c’était peut-être le temps de changer le chemin que j’avais choisi de prendre il y a déjà une quinzaine d'années. Malheureusement pour moi, quelle ne fut pas ma surprise de voir ta réaction à mon invitation à manger… une boule dans la gorge est revenue, un très fort sentiment de tristesse, la perception que rien ne changera malgré mon désir enfoui très profond, je ne serai probablement jamais assez bien pour toi, je n’arriverai probablement jamais à voir dans tes yeux et entendre dans tes paroles des mots sincères qui viendront combler ce vide immense qui m’habite depuis toujours.

Je m’efforce tout de même d'être présente pour toi, espérant peut-être secrètement que cette petite lumière s’allume en toi et que tu réalises ce qui est arrivé de moi…

Une fois ce texte terminé et après m'être relue, je me sens mal, je me sens coupable d’avoir ces pensées. Pourquoi devrais-je me sentir responsable des autres, responsable de ce que les gens pensent de moi et des sentiments qu'ils me portent ? Des parents, nous en serons toute notre vie. J'ose utiliser ce vécu pour ne pas faire vivre ce sentiment à mes enfants. Et derrière une porte intérieure, une petite partie de moi souhaite ardemment que mon papa réalise à quel point je l’ai aimé et à quel point j'aurais souhaité obtenir son amour et sa reconnaissance.

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