Pardonne-moi de t’aimer moins

Pardonne-moi de t’aimer moins

Mon amour,

Pardonne-moi d’avoir pris mon temps pour te revenir. On dit que le cœur est élastique; c’est vrai. J’ai senti son ampleur quand il a fait une place énorme pour ce petit être qui a fait de nous une famille. En revanche, mon corps n’a pas eu la même capacité face à ce trop-plein d’amour. Malheureusement, tu en as payé le prix.

Mon corps surchargé et mon cerveau plein de lait t’ont gardé à l’écart. Je n’arrivais plus à trouver ta place près de moi. Tes mains géantes, comparées aux minuscules petites menottes de mon bébé, paraissaient grossières et déplacées. Ta bouche près de mes seins menaçait cette bulle fragile d’allaitement que j’avais créée. Alors, je t’ai gardé loin de moi pendant un moment.

Malgré la distance que j’ai mise entre nous, je suis tombée en amour avec le père que tu es devenu. Ce père présent et doux, obnubilé par son fils a totalement volé mon cœur. Ces changements en moi m’ont fait douter de tout. Terrorisée à l’idée de devenir froide et de démanteler la famille de ce petit être. Certaine de ne plus jamais revenir à cette époque où ta place près de moi était naturelle, passionnelle et rassurante.

Toi, tu m’as donné du temps, tu as attendu ton tour. Tu m’as laissée découvrir ma maternité, dans ma bulle. Tu es resté près de nous, patient et respectueux, impressionné par la fusion qui s’était créée entre ton fils et moi. Sans dire un mot au sujet de cette interdiction de toucher ces seins plus gros que nature. Je sais, c’était de la torture. Pardonne-moi.




Éventuellement, tu m’as vue sortir de ma torpeur. Mes yeux ont dormi… enfin. Puis, ils se sont désembrouillés pour voir sur toi non seulement la couleur d’un père, mais d’un mari et d’un amant. Je ne t’avais pas oublié, promis. Mon cerveau s’est tranquillement vidé de lait pour enfin faire place à des conversations d’adultes. J’ai alors senti s’éveiller en moi quelque chose de grand, quelque chose que j’avais presque oublié; mon unicité. J’allais enfin pouvoir inviter une autre personne dans ma bulle, mais encore une fois, ce n’était pas toi.

Pardonne-moi. Ce n’est pas juste, je le sais. Ça devait être ton tour. Cette invitée, elle s’est imposée. On ne savait même pas qu’elle faisait partie du concours… Elle t’a dérobé ta place de façon sournoise et sans préavis. Je ne pouvais pas l’abandonner à nouveau, je ne pouvais pas l’ignorer. C’était moi! Une version de moi lointaine, une version de mon essence qui n’était pas une mère. Je ne m’en étais pas occupée depuis si longtemps. Elle avait des carences en tout. Je l’ai lavée, je l’ai bercée, je l’ai nourrie à grandes cuillerées de mots de grands. J’ai rempli ses réserves de temps seule avec elle-même, même aux toilettes. Nous avons profité de notre corps qui ne faisait plus mal. Nous avons pris notre temps, ensemble, à nous redécouvrir. Elle m’a parlé de balance, d’équilibre et de toi. Cet homme qui lui faisait tant de bien, celui qui la faisait rire, qui la consolait et qui la faisait jouir.

C’est elle qui m’a ramenée vers toi. Finalement, elle n’était pas si mal intentionnée, cette coquine. Elle ne t’a pas volé ta place, elle voulait simplement s’assurer d’être présente quand tu la reprendrais. Dieu merci, car c’est avec elle que tu joues le plus sincèrement. C’est avec elle que tu partages cette complicité, cet humour, cet amour.

Mon amour, pardonne-nous d’avoir pris notre temps dans ce retour vers toi. Pardonne-nous de t’avoir écarté pour un temps. Tu nous manques. Tu peux revenir maintenant.

Ta femme et la mère de tes enfants

 

Share

Profession : Ouf, pas si simple comme réponse. Je suis en réflexion en ce moment. Super Skillz : Jaser des vraies choses, sans tabous et concevoir des produits naturels pour soigner ma famille. Addiction : Au sucre. Aux ventes de garage. Écraser les couches de glace sur le bord des trottoirs l’hiver. Jouer dans les cheveux de mes enfants (reste 2 ans max, avant de me faire couper mon fix). Escouade : Ma fille de 4 ans, mon fils de 8 ans et mon chum. Arme : Écrire, pour garder de la créativité dans mon quotidien. Ma familia et mes ami(e)s pour s’encourager et fêter. Pouvoir magique : Leader une famille avec brio, malgré mon TDAH (la plupart du temps). Humour : Tout est plus facile à surmonter avec une bonne blague bien placée… surtout si c’est un pet.

Comments

  1. Moi c’est pas revenu. On se sépare. Après 3 ans et demi jetais tannée d’attendre d’être autre chose qu’une maman.cest la libido de monsieur qui est mourru…enfin…son désir et le mien…se faire dire que notre corps n’est plus ce qu’il était et que mon surpoids n’aide pas a retrouver sa libido ça m’a détruite.

    • Moi c’est après 3 mois qu’il ne pouvait plus attendre. Il me faisait des commentaires sur mes gros seins et mon ventre puis m’a dit que je n’étais plus attirante. Il est partie avec une autre, plus disponible, remise depuis longtemps de son accouchement. Ça fait 5 ans que je n’ai pas eu de rapprochement sexuel. Je peine à me regarder dans le miroir, j’entends toujours ses mots…j’aimerais tellement que les hommes, tous les hommes comprennent et soient patient comme celui du texte, me semble que c’est juste normal.

  2. Wow…Ton texte m’a fait fondre en larmes. Je m’y retrouve à 100%, mais malheureusement, je ne suis pas encore totalement revenue, probablement parce qu’ELLE, n’est pas encore tout-à-fait là.. j’y travaille fort, parce que LUI, je veux le garder, et heureusement, il fait parti de ceux qui comprennent. Mais sincèrement, merci, ces mots que tu viens de mettre sur ce tourbillon post-natal ++ (on s’entend que ça dure pas juste 2-3 mois, ma 2e a 1 an et demi…), ces mots m’ont réellement fait du bien, juste de pouvoir le lire. Merci. On continue, et merci aux hommes d’évoluer et de nous respecter de mieux en mieux.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.