Toi aussi

Toi aussi

Été 2002, tu te promènes à travers la ville, les deux pieds bien solides sur les pogos du BMX du plus beau gars de l’école. Tes cheveux bruns frisés volent au vent. Tu peux sentir l’odeur des BBQ et voir les jeunes enfants jouer au ballon dans la rue. Tu te trouves belle avec tes shorts de jeans pis ton t-shirt blanc avec un nœud devant. Du haut de tes 14 ans, tu vis ton premier amour.

Vous arrêtez acheter des Mr Freeze au dépanneur. Vous vous tenez la main. Ce contact humain-là, il te donne des frissons. Tu t’ouvres pour la première fois à un garçon. T’es un peu gênée, et tes petites joues roses charment ton chum.

Ce soir, il y a une fête et il t’a invitée. Tu ne connais pas vraiment les gens qui seront là, ni ce que tu y feras, mais tu as hâte. Tes parents t’ont permis de sortir jusqu’à 21 h 30. Quand tu arrives devant la maison où a lieu la fête, main dans la main avec ton amoureux, tu ne te sens pas bien. Tu as un petit stress. Ta première fête en tant que grande fille qui te stresse probablement. Une fois à l’intérieur, les gens sont assis sur de vieux divans. Certains ont une bière à la main, d’autres une cigarette à la bouche. Ce sont tous des garçons que tu ne connais pas et il y a une seule fille. Elle est habillée de noir et a un anneau à la lèvre. C’est pas le genre de soirée que t’avais espéré passer avec ton copain, mais tu ne veux pas le faire mal paraître, pour ne pas le décevoir.

Après une quinzaine de minutes, assise parmi les gens à ne pas parler et à essayer de prendre le moins de place possible, ton beau brun te propose de monter à l’étage. Tu acceptes sans hésiter. Enfin, tu ne seras plus dans ce constant malaise. Il te fait entrer dans une toute petite pièce avec un tapis tout taché et un matelas posé au sol. Il te regarde dans les yeux et te dit : «Crosse-moi !» T’es bouche-bée. Tu n’as pas du tout envie. Tu n’as aucune idée de quelle façon on fait ça. Tu regardes tes petites mains d’enfant. Tu lui dis que tu n’y arriveras pas avec les ongles de plastique que tu as pris la peine de te poser pour la soirée. Tu es fière de ton excuse. C’est à se moment qu’il prend ton poignet de force et l’insère dans son boxer. C’est comme cela que tu as eu des contacts physiques avec un homme pour la première fois. Tu ne bouges pas. Il se masturbe en utilisant ta main. Tu as soudainement mal. À l’intérieur de toi. Il éjacule sur ta main. Tu as un haut-le-cœur. Il sort de la pièce satisfait. Tu restes là, sans bouger. Tu t’essuies rapidement la main sur le rideau et tu descends les escaliers rapidement et tu quittes la maison, seule. Tu marches jusque chez toi. Sans pleurer. Tu te demandes si c’est ça l’amour. Tu te demandes pourquoi tu n’as pas aimé ça. À 14 ans, tu as été une victime #toiaussi.




Pis ma belle, des expériences comme ça, tu vas en vivre des dizaines. On va te toucher sans te le demander. On va t’insulter. On va utiliser des mots qui ne se disent pas envers toi, ta personne, ton corps.

Malgré tes refus, malgré qu’un rouge à lèvres rouge ne veuille pas dire que tu as envie de baiser, qu’une jupe un peu courte ne permette pas aux mains de toucher tes fesses sans permission et malgré le fait que tu auras le droit de siroter un Rhum and Coke au bar seule sans aucune pensée sexuelle, plusieurs continueront de franchir tes limites.

Aujourd’hui, c’est la journée de la femme. La journée qui nous rappelle que l’on est encore inférieure à l’homme. Cette journée nous remémore nos victoires comme nos défaites. On se bat encore, en 2018, pour tout simplement être un humain. On travaille fort pour avoir les mêmes droits et surtout, le même respect.

En cette journée de la femme, ma belle, rappelle-toi ce que tu vaut. Que tous et chacun, dans ce monde si grand, a droit à la même chose. Que tous et chacun ont la même valeur. Ma petite, rêve grand, rêve fort et ne laisse rien ni personne t’empêcher d’atteindre tes buts et être ce que tu as envie d’être. En cette journée de la femme, promets-toi de te respecter, d’imposer tes limites, de te battre et de ne jamais laisser ta place pour seule et unique raison que tu es une femme.

#toiaussi, tu as le droit d’être, de savoir, de connaître, de vouloir, de refuser, de rêver et de réussir. Dépasse les limites que l’on impose à la femme, mais impose les tiennes.

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Nom : Karolyne Fleury Profession : Ménagère, infirmière, cuisinière, comptable, jardinière, clown... Bref, maman + un boulot à plein temps. Super Skillz : Faire 18 choses à la fois, faire l'épicerie avec les enfants à 18 h sans qu'il n'y ait de blessé et réussir à acheter et emballer tous les cadeaux de Noël un 22 décembre. Addiction : Le café, les émissions quétaines et Walt Disney ! Escouade : Une exploratrice, un futur joueur de hockey et son coach. Arme : Mon lien magique avec le Père Noël pour l'aviser de tout mauvais comportement et la tablette très haute pour cacher des jouets ou du chocolat. Pouvoir magique : Retrouver tout ce que tout le monde a perdu. Humour : Instantané, simple, salé, sarcastique et ridicule.

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